3 octobre 2016 - Table ronde

Malaise dans la démocratie: L'Illiberalisme et la faiblesse de ses adversaires dans l’Europe d’aujourd’hui

Table ronde avec la présentation de Andreas Wirsching (Institut für Zeitgeschichte/Université de Munich; chercheur invité au CCEAE)

commentée par

 

  • Karin Bauer (Languages, Literatures, Cultures, McGill University),
  • Caroline Bem (Media Studies, chercheure postdoctorale, IRTG Diversity/CCEAE) et
  • Peter Niesen (Sciences politique, Université d’Hambourg; chercheur invité au CCEAE).

Quand: Lundi, 3 octobre 2016, 13h30 à 15h30

: La Salle Michel Fortmann, Pavillon 3744 Jean Brilliant, 5e étage.

Organisée par la Chaire de recherche du Canada en études allemandes et européennes et le Centre canadien d’études allemandes et européennes en collaboration avec le Centre d’excellence d’Union européenne ainsi que le IRTG “Diversity” et le soutien du German Academic Exchange Service (DAAD). 

En Amérique du nord et ailleurs, on assiste à la montée de mouvements fanatiques et tribalistes. En Europe aussi, beaucoup d’électeurs ont récemment rejoint les partis populistes de droite. Certains pays, comme la Pologne ou la Hongrie, ont élu des gouvernements autoritaires qui remettent en question les notions de tolérance et de la règle de loi, et qui méprisent ouvertement le consensus libéral de l’Union européenne. Ces développements marquent la disparition graduelle de la sensibilité postfasciste qui, chez les Européens de l’après-guerre, avait accompagné la quête élusive d’une démocratie libérale. L’extase démocratique qui avait donné un ton optimiste au moment juste après la chute des régimes communistes laisse la place à une politique du désespoir culturel. Beaucoup voient dans ces récents développements l’écho de la fin des années 1920 et des années 1930, lorsque les gouvernements représentatifs et les institutions libérales de nombreux pays européens furent démantelés et remplacés par la dictature et par un style de gouvernance simultanément utopiste et paranoïaque.

Cette table ronde veut ouvrir le débat sur les origines de la montée du populisme de droite dans l’Europe d’aujourd’hui, mais son but est également d’encourager les réflexions sur la meilleure façon de défendre l’idée de la démocratie libérale, prise comme une forme contingente et fragile de gouvernement. Son titre se réfère à l’essai de Sigmund Freud, « Malaise dans la civilisation », qui fut publié pour la première fois en 1930, à l’apogée de la frustration qu’éprouvaient les Européens de l’entre-deux-guerres face à la démocratie libérale. Freud y file notamment la métaphore du désir d’un « sentiment océanique » d’intégrité, dont la montée l’inquiète et qui évoque de façon transparente le populisme antilibéral de son époque. Alors même que Freud voyait en la civilisation un antidote contre ce genre de sentiments, il rejetait également une conception triomphaliste selon laquelle la civilisation aurait raison de la barbarie. Au lieu de ça, il interprétait la civilisation comme un mal nécessaire dans le combat contre l’agression et la haine. À son instar, nous proposons qu’une réponse réussie et prudente à la montée du populisme ferait bien de tirer parti du constat, qui donne à réfléchir, que la démocratie libérale ne serait pas une promesse de rédemption intramondaine. Au contraire, la démocratie libérale comme « incertitude organisée » représenterait un mal nécessaire : en nous forçant à partager nos vies de citoyens publics avec des gens que nous méprisons, elle provoquerait inévitablement le malaise. Pourtant, pour toute personne qui croit en les droits civils et à l’égalité civique, la démocratie libérale est nécessaire, justement parce qu’elle nous permet de construire des institutions qui rendent possible le fait que nous vivions avec la différence, et même avec l’inimité.

 

 

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